Pendant qu’on court après un gamin qui menace le monde avec un pistolet à eau, on continue à grignoter les libertés individuelles. Un morceau après l’autre. On surveille davantage. On contrôle davantage. On menace davantage. Toujours au nom de notre bien.
Et bientôt, on ne pourra même plus danser les pieds dans la boue. Toujours les mêmes
prétextes. La drogue ? Sérieusement ?
Alors pourquoi on ne fait rien ? Pourquoi il y a de moins en moins de lieux d’accueil, de moins en moins d’endroits où les jeunes peuvent créer, jouer, apprendre, se tromper, recommencer ? Pourquoi les lieux alternatifs galèrent tous ? Pourquoi coupe-t-on les subventions des associations, des salles, des ateliers, des espaces où l’on fabrique autre chose que du chiffre ? Pourquoi cherchent-ils à étouffer tout ça ? Pour qu’on consomme davantage ?
Pendant ce temps-là, ils courent acheter des ventilateurs. Ils courent prendre des assurances.Ils courent remplacer leur télévision par une encore plus grande, avec encore plus de pixels, pour regarder encore plus près toutes les misères du monde, bien installés dans leur canapé. On nous gave de peur. La peur de l’autre. La peur du voisin. La peur de celui qui n’a pas le bon accent, la bonne couleur de peau, la bonne religion, le bon amour, la bonne manière de vivre. Toujours fabriquer un ennemi. Toujours détourner le regard. Et pendant qu’on regarde ailleurs, le CAC 40 prépare simplement le prochain conducteur.
L’année prochaine, il passera le volant à qui ? Hein ?
Qui sera au volant pour nous emmener droit dans le mur… en accélérant, s’il vous plaît ?
Alors moi, je continue à créer. Parce qu’aujourd’hui créer est devenu un acte de résistance. S’il n’y a plus de lieux, nous redeviendrons sauvages. On jouera dans les friches. On peindra sur les murs. On refera des concerts dans des granges, des garages, des jardins, des champs, des caves. On inventera nos propres espaces.
Comme toujours. Faire. Défaire. Refaire. Encore. Et encore. Des photos. Des peintures. Des sculptures. Des chansons. Des fanzines. Des voyages sonores. Des rencontres. En dehors du système capitalo-artistique. En dehors de vos normes. En dehors de vos cases.
Je n’ai jamais vraiment joué à votre jeu. Aujourd’hui, je m’en éloigne encore. J’ai trop la gerbe. Alors ne venez plus me faire chier avec mes prix. Ne venez plus m’expliquer comment je devrais vendre mon travail. Ne venez plus me demander pourquoi certains projets sont à prix libre ou pourquoi certains concerts sont gratuits. Parce que ce n’est pas du marketing. C’est un choix. Créer ne devrait jamais être réservé à ceux qui peuvent payer. L’art n’est pas une marchandise. Il est un souffle. Un cri. Une nécessité.
Et s’il faut continuer hors de vos circuits, hors de vos galeries, hors de vos algorithmes, alors on le fera. Comme des mauvaises herbes. Vous pourrez bétonner autant que vous voudrez. Il y aura toujours une fleur pour fissurer le bitume.
Réveillez-vous, bordel.















