VOUS FAITES CHIER !

Chronique d’un suicide collectif

Ou comment nous avons décidé d’enterrer le vivre-ensemble

Il y a quelque chose d’étrange dans l’air.

Une odeur un peu rance qui flotte au-dessus des conversations, des commentaires, des statuts publiés à la va-vite entre deux indignations numériques.

Le bruit des **élections municipales** commence à monter.

Et avec lui, le brouhaha.

Pas le débat.

Pas la réflexion.

Pas la confrontation d’idées.

Non.

Le brouhaha.

Celui des petites phrases, des attaques faciles, des procès d’intention, des jugements définitifs écrits derrière un clavier, souvent sans nuance et presque toujours sans écoute.

Et c’est là que le spectacle devient navrant.

Parce qu’au milieu de tout ça, on assiste à quelque chose de plus grave que de simples divergences politiques.

On assiste, tranquillement, presque sans s’en rendre compte, au **suicide collectif de quelques notions simples** :

le vivre-ensemble

la bienveillance

la fraternité

l’écoute

Ces mots-là, autrefois, n’étaient pas des slogans.

Ils étaient une manière d’habiter un territoire, un village, une ville.

Ils faisaient partie du ciment invisible qui permettait à des gens très différents de continuer à vivre côte à côte sans se détester.

Aujourd’hui, ils deviennent suspects.

La bienveillance serait de la naïveté.

L’écoute serait une faiblesse.

La nuance serait une trahison.

Et surtout, il faudrait choisir son camp.

Immédiatement.

Sans réfléchir trop longtemps.

Comme si la complexité du monde devait rentrer dans la taille d’un commentaire Facebook.

Le problème n’est pas la politique.

La politique est nécessaire.

Elle devrait même être l’un des plus beaux exercices collectifs : imaginer ensemble comment vivre mieux.

Le problème, c’est **la disparition du respect minimal**.

Quand la parole devient une arme permanente.

Quand l’autre n’est plus un voisin, un habitant, un citoyen… mais un adversaire à abattre.

Alors quelque chose se casse.

Et ce qui se casse n’est pas seulement le débat.

C’est le lien.

Le vrai danger n’est pas de ne pas être d’accord.

Le vrai danger, c’est **de ne plus savoir écouter**.

Parce qu’une société peut survivre aux désaccords.

Mais elle survit beaucoup plus difficilement à la disparition de la fraternité.

Alors peut-être qu’au milieu de ce vacarme électoral, il serait bon de se rappeler une chose simple :

Nous vivons au même endroit.

Nous partageons les mêmes rues.

Les mêmes écoles.

Les mêmes commerces.

Les mêmes paysages.

Et peut-être, parfois, **les mêmes inquiétudes**.

Le vivre-ensemble n’est pas un slogan.

C’est un travail.

Un travail quotidien, fragile, imparfait, mais indispensable.

Et il serait peut-être temps d’arrêter de creuser sa tombe à coups de commentaires.